Le choix des larmes

13 ans. Il m’a fallu 13 longues années pour me remettre à pleurer. J’ai arrêté à 14 ans, je venais de subir un rapport sexuel non consenti et je me suis jurée que plus jamais ma faiblesse ne me ferait souffrir comme ça. J’ai donc ravalé mes larmes, plus grand signe de faiblesse à mes yeux, afin de mieux reprendre les armes. J’étais convaincue que ne pas pleurer me donnerait plus de force et de lucidité face à ces situations qui me secouaient ou me brisaient chaque jour. Je croyais aussi que cela me permettrait d’économiser de l’énergie car pleurer est une activité épuisante.
Souvent l’envie a jailli, mes yeux étaient embués, ma gorge serrée au point de me faire mal, j’en avais du mal à respirer… puis tout redescendait comme c’était venu. J’ai tout gardé en moi, tout accumulé pendant des années, je faisais des angines à répétition… mon esprit n’en pouvais plus, alors mon corps a pris le relais sans que je ne le prenne en considération, sans que je n’entende ni ne comprenne pourquoi il me faisait subir une telle douleur.

Pourquoi pleurer, après tout ? Quand un agent irritant entre en contact avec notre œil, il réagit, il se protège, jusque-là c’est normal. Mais pourquoi pleurer lorsqu’une émotion forte survient ? Mais surtout, pourquoi est-ce que ça fait autant de bien ? Je me suis penchée sur la question et voici ce que j’ai compris :

 

Pourquoi pleure-t-on ?

Un décès, une séparation, une agression ou tout autre perte sont des évènements qui mettent notre psychisme sous tension. Nous savons, désormais, que les émotions sont un système de régulation interne de notre dimension psychique. Dans notre société où tout ce qui n’est ni physique ni logique est laissé sur le bas-côté de la route, nous nous efforçons de réguler notre taux d’hormones ou notre taux de sucre par exemple, en revanche nous sommes un peu moins vifs lorsqu’il s’agit de réguler – dans le sens libérer – nos tensions. Pourtant, il s’agit là aussi de notre santé physique puisque une émotion non exprimée reste imprimée et peut avoir des répercussions sur notre dimension corporelle, qui peuvent être dévastatrices ! Heureusement  pour nous, nous sommes venus au monde avec un équipement très très très très très très haute technologie qui agit dans l’ombre, ignoré de tous pour nous faire regagner la lumière. Cet incroyable appareil, c’est notre cerveau. Dans les multiples options disponibles dont il est doté, il y a le système lymbique dont on peut considérer que le PDG est l’hypothalamus. Il fait partie de ce qui est appelé le système nerveux autonome qui incarne le foyer de l’instinct et des pulsions qui garantissent notre survie.

 

Lors d’un évènement émotionnellement intense, le bouleversement créé envoie un signal électrique à notre héroïque hypothalamus et à ses acolytes thalamus (réaction émotionnelle somatique) et rhinencéphale (affects). Sur le plan physique, cela se traduit par la libération d’hormones de stress et la création de tensions au niveau épigastrique ; c’est ainsi que notre gorge et notre estomac se nouent lors de perturbations et que notre diaphragme se crispe au point de ne plus pouvoir respirer sereinement et facilement. C’est à ce moment que notre trio de choc entre en action : en utilisant le pouvoir des larmes par le biais d’un des nerfs faciaux, (le VII si je ne m’abuse) directement relié à nos glandes lacrymales ; et c’est parti ! Nous sommes littéralement submergés ! Tout part d’un coup jusqu’à provoquer parfois des sanglots qui, eux aussi, ont leur utilité ; ils interviennent sous forme de spasmes, de secousses ce qui a pour effet de délier les nœuds et desserrer les tensions. Une fois que toute cette équipe est lancée, plus moyen de l’arrêter : c’est la phase de décharge émotionnelle. C’est pour cela qu’après une bonne crise de larmes nous nous retrouvons soulagés, vidés et détendus. Et savais-tu que la composition de nos larmes diffère selon qu’on pleure de joie, de rire, de tristesse, de douleur ou autre ? Elles nous libèrent de ce dont on n’a plus besoin.

 

Il en va quasiment de même lors de fous rires ou de joies intenses. Car ces émotions fortes entrent en communication avec l’hypothalamus relié aux glandes lacrymales par ce fameux nerf. Il est donc normal et naturel de pleurer, en plus d’être libérateur et salvateur. En général, une fois passé, nous pouvons reprendre sereinement le cours de notre existence en étant plus légers. Elles sont notre possibilité de sourire à nouveau et de trouver la force de se relever et d’avancer. Alors lâche-toi ! Ne te prive pas !

 

Aujourd’hui, j’ai compris que la vulnérabilité est une force, car elle montre au monde qui nous sommes avec vérité et authenticité. Laisser couler ses larmes est une preuve de force et de courage, ne les retiens plus en otage, désormais. En ce qui me concerne, je suis passée de cœur de pierre à hyper-sensible, ma véritable identité faite de compassion et d’empathie. Oui, je pleure lorsque j’ai mal, que je suis déçue, que je suis triste mais aussi lorsque je suis émue, heureuse, inspirée, reconnaissante… Nos larmes traduisent ce que nos mots ne peuvent décrire. N’aies donc pas peur d’en abuser. Pleurer est une force.

 

Verser une larme juste par envie. Verser une larme pour se redonner vie.

 

L’eau et la lumière créent ensembles des arcs-en-ciel. Les larmes mettent de la couleur dans nos vies. Il n’y a donc pas de quoi se priver ! Enjoy !

 

Larmoyant vôtre,

 

 

Marie Peyron
Fondatrice de Phoenix-Coaching

© 2017, Marie Peyron. Tous droits réservés.

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2 Commentaires sur "Le choix des larmes"

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Florence
Invité

Magnifique texte, Marie…

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